14ème jour, 1er juin “Transition”
Alturas (CA) – Burns (OR)
07h46 – 09h40 LT (UTC -7/-7)
Durée : 01h54
Aujourd’hui, c’est dimanche et j’avais précisément calculé de faire ce trajet ce jour-là. La raison en est simple. Je vais traverser une MOA (Military Operations Area), soit une zone d’entraînement militaire, et cela pendant plus d’une heure. Les NOTAMS (Notification to Airmen) ne disent rien, mais je me méfie, ne sachant pas à quoi m’attendre. Enfin, je me dis naïvement que c’est peut-être comme en Suisse, que les militaires ici aussi font relâche le dimanche.
Après mes émotions vécues hier, je me suis baladé un peu dans Alturas. Une vraie ville de l’Ouest américain, une rue, des maisons, des magasins, un petit suburb avec quelques villas et c’est tout !
Je me suis levé très très tôt, espérant, premièrement, que le vent sera calme le matin et deuxièmement, je n’ai pas envie de voler l’après-midi dans les turbulences. Je n’en peux plus !
Dans ma tête, c’est la partie
la plus périlleuse de mon voyage.
J’ai longtemps hésité à passer par là.
Par ailleurs, je vérifie tous les paramètres météo avec une grande vigilance. Je note toutes les fréquences radios. Je vais demander à être sous Flight Following (sous contrôle radar), car les distances sont immenses et il n’y a pas âme qui vive dans le coin. J’ai le sentiment que le nord des Etats-Unis est encore plus désertique que le sud. La distance que je vais parcourir correspond à la hauteur de la Suisse et il n’y a quasiment aucun terrain de dégagement, que du désert. Dans ma tête, c’est la partie la plus périlleuse de mon voyage. J’ai longtemps hésité à passer par là. Mais, c’est le chemin le moins pire.
Une fois cette zone militaire désertique franchie, je serais soulagé. Après, je n’aurais plus que des cols et des montagnes à passer.
Départ dans ma merveilleuse Buick depuis le motel jusqu’à l’aéroport. Il n’y a personne sur la route. C’est dimanche, il est 07h00 du matin !
Je franchis le portail avec le code que m’a laissé Joe la veille et je lui laisse, près de sa petite bicoque, la voiture avec les clefs dessus.
Un autre avion s’en va. Comme moi, il a dû se dire que c’était la meilleure heure pour voler. Le vent est calme et le ciel est pur. La température est idéale. Cela contraste avec hier. Skyhawk 64EF va être heureux aujourd’hui.
Je m’élance et je monte à 7500 pieds.
Je survole un lac, mais en l’observant attentivement, je me rends compte qu’il est asséché. Je me demande, s’il serait possible de se poser dessus. Il vaut mieux ne pas essayer.
Je contacte le FSS pour ouvrir mon plan de vol. De suite, je contacte aussi le contrôle aérien pour être suivi sur leurs écrans. C’est le désert, je vais être bien seul et je veux être prévenu, s’il devait y avoir des activités militaires. Assez rapidement, il me recontacte pour me dire qu’il n’arrive pas à me suivre. Je suis trop bas, caché par les montagnes. L’altitude du sol est très haute, la chaleur est devenue très élevée, mais je ne veux pas monter trop haut non plus. Je risque de perdre en performance.
Je suis sans surveillance radar, seul dans ce désert. S’il devait arriver quelque chose, il y a au moins le plan de vol. On verra bien, c’est le seul chemin pour rentrer à la maison.
Je pénètre dans Juniper MOA et j’angoisse un peu. Je suis dans la zone militaire pour une bonne heure, le compte à rebours a commencé . Dans une heure, je serais soulagé pour le reste de mon voyage.
C’est une délivrance.
La difficulté majeure est derrière moi.
Au milieu de la MOA, je survole une longue piste. Il n’y a aucun bâtiment. C’est un simple ruban de bitume posé au milieu du désert. J’imagine des militaires amenés là et qui ensuite doivent se débrouiller seuls. Et si cela m’arrivait ?
Une heure, c’est fait. Je suis content de sortir de la zone. Je n’ai croisé aucun avion et je n’ai pas vu un mouvement au sol. C’est une délivrance. La difficulté majeure est derrière moi. Il restera encore les montagnes de Yellowstone à franchir et ensuite, ce sera de nouveau la platitude.
L’arrivée sur Burns est magnifique. Je refuele. Un avion acrobatique attend derrière moi.
Je croise un gars dans le FBO qui demande si je suis 64EF. Je comprends que j’ai oublié de fermer mon plan de vol avant l’atterrissage. Il me dit qu’il a regardé sur le tarmac et qu’il les a averti que j’étais bien au sol. Un simple oubli. Ils sont efficaces. Je reste une heure. Je vérifie les paramètres de mon prochain vol.
Départ pour du vol de vallées
Burns (OR) – Twin Falls Joslin Fiels – Magic Valley Regional Airport (ID)
09h55 – 13h46 LT (UTC -7/-6)
Changement de fuseau horaire
Durée : 02h51
Départ vers Twin Falls. Je redescends un peu en direction du sud. Je suis les reliefs et vallées qui me mèneront vers l’est. J’aurais pu traverser tout droit à travers les montagnes, mais j’ai pensé que c’était trop hasardeux. Il vaut mieux ne pas trop s’éloigner des lieux habités.
Ce vol est très tranquille. Cela me change de la journée précédente. Je me suis, néanmoins, vite remis de mes émotions. Durant cette aventure, je n’ai pas le temps de m’appesantir, je dois vivre au présent, vivre le présent.
Le chemin du retour est déjà bien entamé, dans un peu plus d’une semaine, je serais rentré à Bedford.
Impression de vivre quelque chose d’extraordinaire.
Impression de manquer des moments de vie.
J’ai eu la famille via FaceTime hier soir et cela me perturbe. Je suis très heureux de les voir, mais les moyens de communication d’aujourd’hui sont devenus mobiles. Ma femme se promène dans la maison, dans le jardin, dans la cuisine en continuant à faire ses activités. Elle me montre le gosse qui joue et qui a à peine le temps de me dire bonjour. J’ai l’impression de participer à la vie familiale, sans… être présent. Etrange sensation. C’est Antoine de Maximy qui se déplace avec ses caméras. Je suis à des milliers de kilomètres et c’est comme si je n’étais jamais parti. Nous nous sommes quasiment appelé tous les jours. Quand nous raccrochons, je reviens dans mon voyage. Je n’aime pas trop cette sensation. Impression de vivre quelque chose d’extraordinaire, impression de manquer des moments de vie. Je me dis que la prochaine fois que je fais un truc pareil, ils seront du voyage.
J’imagine le premier vol que nous ferons après mon retour en Suisse. Vont-ils aimer ?
Je contourne les montagnes. Je passe au large de Boise. Tout va bien. La routine.
Soudainement, mon iPad s’éteint ! Je n’ai plus de GPS précis. Cela arrive au plus mauvais moment. Je suis au bord d’une zone de restriction militaire à côté de Moutain View Homebase. Je sors la carte pour reprendre mes repères. Je pars immédiatement vers l’ouest pour être sûr de ne pas pénétrer dans la zone. Il s’est éteint à cause de la chaleur du soleil. En effet, en volant en direction du sud-est, j’ai l’astre solaire en pleine face et cela tape fort à l’intérieur du cockpit. Ce n’était pas le cas à l’aller, il était dans mon dos. Je mets la tablette près d’une prise d’air et elle redémarre au bout de dix minutes. Je lui trouve un coin ombragé pour le reste du voyage.
Je suis un peu perturbé lors de l’arrivée à Twin Falls. Les numéros de piste sur les cartes ne correspondent pas à ceux que m’annonce la tour de contrôle. Ce n’est que dix degrés de différence, mais quand même. Je vais en avoir la preuve. En effet, les numéros de piste écrit dans l’AF/D (Airport Facilities and Directory) ne sont pas corrects.
L’arrivée à Twin Falls est très jolie. Ce sera mon aéroport de départ pour Yellowstone.
A nouveau l’accueil est vraiment sympa. On me prête une veille Chevrolet, qui ressemble à ces voitures de police que l’on voit dans les films et que l’on détruit pour le show.
Le soir, je m’octroie un resto sympa. Il ressemble à un ranch, kitsch à souhait. C’est vraiment le pays des Cow-boys.
Demain, ce devrait être le clou du spectacle.
Je vais passer à côté de Yellowstone.
15ème jour, 2 juin “Magic World”
Twins Falls (ID) – Bozeman Yellowstone (MT)
08h24 – 11h20 LT (UTC -6/-6)
Durée : 2h56
Aujourd’hui, ce devrait être le summum de mon voyage. Je vais atteindre le point le plus au nord de mon périple, mais je vais surtout longer le parc de Yellowstone sur sa partie ouest. Ensuite, je vais commencer à sortir de l’ouest américain et je retrouverai les Grandes plaines.
Le spectacle commence par le survol de mini volcans, suivi de champs de lave et pour finir, de lacs.
Il y a même des champs cultivés dans les cratères. Etonnant ! Je commence à apercevoir au loin les montagnes. Le temps est magnifique et j’espère qu’il le restera jusqu’au bout. La vallée commence à se resserrer et la végétation devient de plus en plus boisée. Je vais passer un col et je ne sais pas l’allure qu’il a.
Le sol commence à se rider et les turbulences apparaissent. Je m’approche du col. Finalement, il est assez large. Je suis presque un peu déçu. J’espérais peut-être un col fait de falaises verticales, étroit, un col alpin du Valais, quoi ? L’altitude semblait élevée, mais cela a plutôt l’air d’un col jurassien. Il faut dire que le plateau est déjà très élevé.
Néanmoins, c’est merveilleusement beau. Il y a un lac avec une piste d’atterrissage en herbe juste à côté. Magique. Je passe le col et me retrouve sur une sorte de plateau entouré de montagnes enneigées. Je vis un rêve. Je suis dans le Montana, état si sauvage, si désertique, même si je sais que des milliers de touristes y viennent chaque année. C’est mythique et, en plus, survoler tout cela en avion. Quel privilège !
Je croise une escadrille d’oiseaux.
Compagnons du ciel.
Un Piper Malibu arrive en face de moi. La vitesse de croisement est hallucinante. Il vole sans doute deux à trois fois plus vite que moi, ce qui doit donner une vitesse de rapprochement proche des 600 km/h. Heureusement, chacun est à son bon niveau de vol.
En sortant de la vallée, je fais un virage à 90 degrés pour repartir en direction de l’est. Soudainement, je croise une escadrille d’oiseaux. Compagnons du ciel.
J’atterris à Bozeman-Yellowstone. L’aéroport, qui, je l’imagine, accueille des hordes de touristes en été. Mais là, il n’y a personne ! Ce n’est pas encore la saison.
Le chauffeur de la navette m’amène dans un hôtel surréaliste. C’est un immense chalet, à l’américaine.
Il y a des têtes de cerfs, des loups et des ours empaillés. Son hall est rempli de petits bassins, dans lesquels on peut se délasser. 😎
Le chauffeur est très sympa. Il aime aussi découvrir le monde. L’année précédente, il était en Valais pour le mariage d’un ami, à Verbier. Malheureusement, il a fait une appendicite et a été opéré à Sion. Cela me fait sourire. Son prochain voyage sera en Nouvelle Zélande. Ce sont de courtes, mais belles rencontres.
Rêves de voyageurs. Rêves d’espaces. Des rêves pleins les yeux. Je veux garder le maximum en moi. Je sais que c’est presque trop. Surdose dans ma tête. Le début du périple semble déjà si loin. Et pourtant…
Demain, il sera temps de rentrer à la maison. Je vais quitter les montagnes, descendre des hauts plateaux. Retrouver l’ennemi…
Des gars à la télévision, en bras de chemises retournés, m’inquiètent.
16ème jour, 3 juin “Dream World”
Bozeman Yellowstone (MT) – Gillette Campbell County Airport (WY)
08h12 – 11h07 LT (UTC -6/-6)
Durée : 2h55
Aujourd’hui, la surprise va être totale.
Je me suis à nouveau levé tôt. La météo s’annonce assez bonne durant la première partie du vol, mais elle devrait devenir orageuse à la fin. Je vais rentrer dans un régime un peu particulier. J’ai un front devant et un autre derrière moi, qui lui, vient du Canada. Ce dernier va m’obliger à avancer rapidement jusqu’à la fin du voyage. Le front de devant, lui, au contraire va me freiner. Je vais devoir jouer entre les deux.
Je suis en souci, car je ne veux pas me faire bloquer.
Je discute avec un autre chauffeur qui me ramène à l’aéroport. Contrairement à celui d’hier, lui ne voyage quasiment jamais. Sa destination la plus lointaine a été le New Jersey. Il a la quarantaine et il n’est jamais sorti des Etats-Unis. Il travaille à quarante kilomètres du parc de Yellowstone et il n’y a jamais mis les pieds ! Il a promis à sa femme de l’emmener dans l’année. C’est surréaliste pour moi.
Ce sont, sans doute, parmi les plus beaux
paysages, qu’il m’est été donné de voir !
Je vais passer mon dernier col avant les Appalaches et redescendre vers les Grandes Plaines. L’élévation du sol va s’abaisser de près de 1000 mètres.
Le départ est très beau. Je suis dans un décor très Préalpes, un peu comme en Gruyère. Je survole les longs trains de la BNSF. J’adore.
Je passe le col et je descends en direction du sud-ouest. Et là, …surprise, je découvre un paysage hors norme. Un décors comme je n’en avais encore jamais vu. Ce sont les Black-Hills, territoire des Sioux, où se situe Little Big Horn, lieu de la célèbre défaite du général Custer face à Sitting Bull et Crazy Horse. Des canyons, des couleurs indescriptibles, des collines à perte de vue, je voudrais voler pour toujours, que ça ne s’arrête jamais. Ce sont sans doute parmi les plus beaux paysages qu’il m’est été donné de voir.
Le mauvais temps se profile. Les orages sont devant moi. Quelques gouttes de pluie tombent sur mon pare-brise. Je contourne les nuages, cela rappelle mes vols de l’aller, dans le Kansas et le Texas. Etonnamment, ce sont quasiment les mêmes longitudes. Les turbulences commencent… 😟 J’en ai eu ma dose.
L’approche est parsemée de petits volcans, mais aussi de terrassements très profonds. Il semble y avoir beaucoup d’industries minières dans la région . D’ailleurs, cela se ressent dans la ville, je croise beaucoup d’ouvriers.
Le FBO me prête un vieux Pick-up style début des années 90, avec des boutons poussoirs énormes pour le chauffage et la radio. C’est drôle.
C’est comme ça que j’imagine le monde.
Je trouve un hôtel fréquenté par les routiers. Le truc est complétement défraîchi et ça ne sent pas bon. En même temps, c’est la seule chambre que j’ai pu trouver. Tous les hôtels sont pleins. Incroyable ! Qu’est-ce qu’il peut bien y avoir ici ?
Trois heures de l’après-midi. L’orage éclate. Des pluies torrentielles se mettent à tomber.
Le soir, je m’endors avec des paysages magiques dans la tête.
C’est comme ça que j’imagine le monde.
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