Skyhawk N64EF

Skyhawk 64EF // Partie 8 sur 8 // 7 au 11 juin 2014

20ème jour, 7 juin      “Transition”

Gary Chicago (IL) – Findlay (OH)
13h41 LT – 16h34 LT (UTC -5/-4)
Durée : 1h53

Je me suis levé plus tard que d’habitude, car j’ai envie d’aller visiter Chicago. J’ai quand même regardé la météo et je suis un peu inquiet. Elle devrait se dégrader fortement dans la région. Il y un risque que je ne puisse pas partir demain et je n’ai surtout pas envie de rester une journée de plus ici, mais bon, je vais prendre le risque, car je ne pense pas revenir de sitôt ici.
Je consulte l’horaire des trains.  Je vois que le prochain part à 10h0. Je n’arriverai pas à le prendre.  Et c’est avec désespoir que je constate que le prochain est à 14h00. Naïvement, j’avais pensé, qu’étant dans la banlieue de Chicago, il y aurait un train toutes les demi-heures, voire au pire toutes les heures.
Je descends à la réception pour voir si je peux louer une voiture, mais il n’y en a pas dans la région. C’est dimanche et tout est fermé.


Je demande au chauffeur de la navette de l’hôtel de m’amener au FBO. Parfois, ils ont des bons plans là-bas et ils ont peut-être même une voiture.
C’est la même chose. Pas de voiture, pas de train, pas de bus. Chicago est à une heure, mais il n’y a pas moyen d’y aller, sauf en taxi, mais ce serait trop cher.
Chicago se refuse donc à moi. Je dois prendre rapidement une décision, car il faut que je rende ma chambre avant onze heures du matin.
Prendre le train de 14h00 ? Mais, je n’aurais plus beaucoup de temps pour visiter. Où partir pour la suite du voyage ?
Trois évènements sont contre moi. Une météo incertaine qui risque de me bloquer, pas de train et  pas de voiture de location pour aller à Chicago. Quelqu’un me dit « Tire-toi ! »
Une personne du FBO me ramène  à l’hôtel à 10h45. Je fais mes valises le plus rapidement possible. Je me rends à l’accueil pour rendre les clefs et je tombe sur une gentille réceptionniste, qui me demande d’où je viens avec mon accent. Elle me dit que je suis le premier suisse à venir ici. Elle me demande aussi de lui parler en français. Elle est pleine d’enthousiasme. 
Je dois de nouveau attendre la navette pour repartir au FBO. Avec ça, je n’ai pas eu le temps de déjeuner et j’ai faim !

Je dois encore faire la planification et manger et … je risque de partir très tard.
J’aimerais aller à Érié, mais il faudrait que je fasse un fuel-stop à Findlay. Cela paraît faisable si je pars avant 14h00.
Je demande à la réception du FBO, s’il y a un endroit où je pourrais me restaurer. Il n’y a rien à moins de 20 minutes en voiture (et évidemment, il n’y a pas de voiture) ! Le terminal principal juste à côté est fermé (il n’y a plus d’avions et donc pas de passagers). Je me contente de snacks trouvés dans une machine et de quelques restes que j’ai dans l’avion. C’est rude et pas bien.
La réceptionniste du FBO est d’origine polonaise et très causante. Elle est arrivée aux Etats-Unis il y a 5 ans et elle a de la peine à se faire à la vie américaine. Nous discutons des grandes différences avec l’Europe, les notions d’espaces, la nourriture, les rythmes de travail. Un jeune afro-américain participe aussi à la conversation.
Enfin, tout est prêt. J’ai payé l’essence. On me ramène à l’avion en voiture de golf pour vingt mètres. Je ne m’y ferai jamais !
Départ pour Findlay. Adieu Gary qui restera gravé à jamais dans ma mémoire.
Le vol est très tranquille. J’atterris aux environs de 16h00. Le service du Fuel est sur le point d’être fermé. Vérification des Notams, météo, planification du vol vers Érié (que je n’avais pas encore fait), plan de vol… je ne veux pas rester à Findlay, cela a l’air désert et puis, j’ai vraiment envie d’aller à Érié au bord du lac. Cet endroit me fait rêver depuis des mois (je ne sais pas pourquoi).


Findlay (OH) – Erie (PA)
17h08 LT – 18h55 LT (UTC -4/-4)
Durée : 1h47

Durant le vol, je dois me glisser dans un trou de souris entre les espaces aériens de Cleveland et Akron.
J’arrive à Érié dans un magnifique soleil de fin de journée. Il est 19h00. Je ne suis jamais aussi tard de tout mon périple. J’ai surtout oublié que j’avais changé de fuseau horaire. Je suis à nouveau dans l’est des Etats-Unis.

Le FBO est minuscule et en rénovation. L’agent me dit que mon avion sera mis pour la nuit dans un hangar. Ce sera la première fois.
Je trouve très difficilement un hôtel et il semble être très loin. En attendant que la navette vienne me chercher, je range et nettoie 64EF.
Le chemin vers l’hôtel prend quasiment 45 minutes d’autoroute. J’ai l’impression de faire Genève – Lausanne.  J’ai eu de la chance, car les chambres sont prises d’assaut. Il y a pleins de jeunes avec de gros sacs à dos devant le guichet et qui tentent de trouver quelque chose.
Ouf, enfin, je vais pouvoir aller manger un bon repas et me reposer.
J’ai l’impression d’avoir fait le grand écart entre deux mondes. Ce matin, j’étais à Gary Chicago, seul touriste dans la région, et ici à Érié, Il n’y a que ça. C’est un lieu de villégiature familial. Il y a des gamins partout. Les miens me manquent. J’irais bien avec eux au parc aquatique du coin.
La journée se termine bien, dans la sérénité. 
Demain, ce sera le Massachusetts, je vais retrouver ma cousine Bettina à l’aérodrome de Pittsfield.  Elle habite à Great Barrington, pas très loin. J’espère y rester deux à trois jours.
Ensuite, je ne serai plus qu’à 45 minutes de vol de Bedford. Tout près du but !


21ème jour, 8 juin      “Mist”

Erie (PA) – Pittsfield (MA)
09h11 LT – 12h03 LT (UTC -4/-4)
Durée : 2h52

Le matin petit déjeuner : il y a un monde fou et pourtant c’est très tôt. J’avais choisi un horaire soit disant vert. Je n’ose imaginer quand c’est rouge.
A l’aéroport, on m’amène mon avion avec un tracteur. Cela fait disproportionné.
Tout se passe bien au décollage, mais au contact départ, la Tour me demande si j’ai un GPS à bord ? Je leur réponds par l’affirmative et suis un peu surpris par la question. Je pars pour trois heures de vol (un de vols les plus longs). Étonnement, ils ne me lâcheront jamais. Tout le vol se fera en flight following, supervisé par le trafic aérien. 
Durant le vol, je pense en comprendre les raisons. La visibilité est proche des minimas autorisés. Je vois bien le sol et le alentours, néanmoins, c’est très brumeux. Cela aurait difficile de ne se fier qu’au dead reckogning et à la carte. C’était faisable, mais je pense que quelqu’un, qui ne connaît pas la région et qui vole sans GPS, aurait pu se retrouver en difficulté.
C’est néanmoins rassurant, mais moins calme, car ça parle beaucoup à la radio.
Je retrouve les Appalaches en m’approchant de Pittsfield. Enfin du relief ! Ca ressemble au Jura.  Le ciel se dégage et les turbulences avec le rayonnement solaire commence. Je prends un peu d’altitudes pour être moins proche du sol. Cela se calme.
L’approche sur Pittsfield est magnifique, au milieu des collines. La piste ressemble à un porte avion. Elle est située sur un replat avec des pentes sur les côtés. C’est verdoyant. Magnifique ! Je vais comprendre pourquoi ma cousine habite cette région, tellement c’est beau. (Par contre, les hivers sont très longs).
A l’arrivée, sachant que l’avion va rester deux jours tout seul, je demande si on peut l’attacher. Et, c’est le premier aéroport où il n’y a pas de cordes. Finalement, je dois parquer N64EF un peu plus loin, pour ne pas gêner les autres avions.

Je vais devoir l’abandonner pendant deux jours. Cela me sert le cœur, car c’est la première fois depuis Littlefield que je ne le verrai pas une journée. J’ai lié une amitié très forte avec lui. C’est une sorte de premier détachement. Cela sent la fin du voyage. C’est aussi bien. Je vais pouvoir souffler. J’ai fait un périple extraordinaire, mais il y a aussi le stress lié à la sécurité, la météo, la préparation, trouver un lieu où dormir, être sur le qui-vive. Je ne vais pas me plaindre, car c’est une aventure unique !


22ème et 23ème jours, 9-10 juin      “Repos”

Great Barrington (MA)


24ème jour, 11 juin      “Final leg !”

Pittsfield (MA) – Laurence G Hanscom Field Bedford
09h59 LT – 11h04 LT (UTC -4/-4)
Durée : 1h05

Je dois partir. La météo est exécrable et s’annonce mauvaise jusqu’à la fin de la semaine. C’est mercredi matin et c’est sans doute le seul créneau que je vais avoir jusqu’à la fin de mon séjour. Le ciel s’est éclairci pour deux heures au-dessus de Pitsfield. Il faut que je sorte de ce piège. J’irais ensuite vers le beau en arrivant à Bedford. Ensuite, la porte se refermera définitivement. 

45 minutes de vol. Les dernières sur les 70 que j’ai effectuées. J’ai le cœur serré. Dans quelques heures, je vais quitter N64EF, rendre les clefs définitivement et rentrer chez moi. 

N64EF m’attend tranquillement sur le tarmac. Je le prépare, vérifie qu’il est en ordre et le démarre. Zut, j’ai oublié d’enlever les cales à l’avant. Pourtant, je refais toujours un tour complet autour de l’avion, après avoir fait les check, pour voir si justement, je n’ai pas oublié quelque chose. 
J’arrête le moteur, descend, enlève les cales. Re-check-list. redémarrage. C’ est parti.
Dernier roulage vers la piste, dernier décollage, dernière montée, le ciel est lourd !

J’ai oublié d’allumer l’enregistreur audio pour mes vidéos. Je n’aurais pas le son de dernier tronçon. Tristesse ! 
Je sors des Appalaches et le ciel commence à bleuir.

Je contacte Bedford Tower et je ressens tout de suite du stress. Le ciel est saturé d’avions. Bedford me ballade de droite à gauche me demande de laisser passer un avion et ensuite d’accélérer l’atterrissage. Hors de question ! Je veux profiter jusqu’au dernier de portance.
Dernier atterrissage, dernier roulage, dernier arrêt moteur. Etonnamment, je n’ai pas l’impression d’être parti. Même parking, même calme. C’est comme si je n’avais pas fait ce voyage, Je suis là, entier, en pleine forme. 

Je désinstalle tous le matériel, sors les valises, nettoie N64EF, le remercie d’avoir pris soin de moi et l’embrasse. 

Je pars vers le bureau d’Executive Flyers pour finaliser tous les papiers administratifs… je n’ai plus envie de parler.


Epilogue et remerciements


Je suis resté  deux jours de plus à Boston et il est tombé des cordes. Je n’aurais plus pu rentrer à Boston, si je n’avais pas eu cette éclaircie le mercredi. J’ai donc eu de la chance.

Samedi 14 juin 2014 : décollage de Boston pour Genève en Boeing 767 et ce n’est pas qui suis au commande !


Je retiens beaucoup d’enseignements de ce voyage. Il ne faut pas oublier, que je l’ai fait dans un but d’entraînement afin de regagner de l’expérience. J’avais planifié mon voyage, tout en sachant qu’il y aurait des modifications et ce fut le cas. J’ai à peu près changer 50% de mes destinations. 
J’ai appris qu’il faut bien préparer le plan A et le plan B, mais qu’il faut être prêt pour un plan C, celui que l’on ne planifie pas, mais qui est toujours dans la tête. Et cela a parfaitement fonctionné.
J’ai traversé des zones désertiques, des espaces aériens militaires et des ondes orographiques (mountains waves, https://fr.m.wikipedia.org/wiki/Onde_orographique), moment sans doute le plus déconcertant pour moi.

Il ne restait plus qu’à concrétiser une dernière chose; la plus belle de toute cette aventure,
celle qui m’a arraché des larmes :
emmener mon fils en avion.
Ce fut fait deux semaines après mon retour,
le 6 juillet 2014.


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Marc Schwartz

Formateur d'adultes, diplomé de l'Université de Genève. Licence de pilote professionnelle américaine sur avion et hélicoptère. Licence de pilote privé avion européenne et licence ULM.

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